Théâtre – « Léonie est en avance » – Samedi 24 novembre / 20h30

Théâtre – « Léonie est en avance » – Samedi 24 novembre / 20h30

Léonie est en avance / Georges Feydeau / Cie Min’ de Rien

 Note d’intention

Créée le 9 décembre 1911, Léonie est en avance, est une comédie en un acte de Georges Feydeau. Ecrite à la fin de sa vie, et ayant pour le thème l’enfer du couple, il voulait lui-même l’inclure à un cycle de cinq pièces intitulé : Du mariage au divorce[1].

Particulièrement grinçante, cette dernière est sans doute la plus noire de toutes : « … Il semble bien cependant que l’atmosphère psychologique évoquée par Feydeau n’ait jamais été aussi sombre, aussi mesquine, aussi sordide que dans cette pièce. » (Préface à l’édition de 1989, Ed. Bordas)

L’anecdote est on ne peut plus simple : Léonie est enceinte, mais l’accouchement semble-t-il, aura lieu plus tôt que prévu, d’où la venue précipitée d’une accoucheuse et des parents de la future maman.

Ce « contretemps » va en fait venir bousculer complètement l’ordre bourgeois établi sur l’apparence, et où rien ne doit être laissé au hasard. Ce grain de sable introduit dans la machine, va ainsi tout dérégler, et l’ordre devenant désordre, ce qui était enfoui ou caché dans le non-dit, va ressurgir sous la forme de pulsions mesquines, de violences, de noirceurs, et de folie.

Pièce montrant la rupture des apparences, Feydeau joue avec l’équilibre que ses personnages essaient en vain de maintenir. A la manière des burlesques du cinéma américain qu’il admirait, il nous les montre en prise avec les codes d’une société stupide, hypocrite, laide et grossière, qu’ils refusent néanmoins de remettre en cause, préférant plutôt marcher sur le rebord du gouffre, au risque de devenir monstrueux en se laissant aller aux humiliations les plus mesquines.

Dans un décor réduit à quelques accessoires, le choix fait ici est de montrer avant tout le jeu des acteurs. En équilibre eux aussi, poreux à la folie des personnages, on les voit perdre pied dans le réel de la représentation, et laisser surgir un univers cauchemardesque, où l’on finit par ne plus savoir qui est qui, qui joue quoi, et ce pour le plus grand plaisir de ce qui pourrait être « un joyeux bordel » !

Thierry Beucher

Samedi 24 novembre / 20h30